"C'est important de se défouler!"

Les accros de Kappensitzungen et de bals costumés ont le vent en poupe. Forbach a ses Rididis, Schoeneck ses Schlofkepps et Stiring son Taïo-Taïo. A ces rendez-vous traditionnels se joignent des soirées privées. Bref, le carnaval n'est pas mort, vive carnaval!

Danser, chanter, se déguiser, se marrer... Le carnaval ne se prend pas au sérieux, et c'est bien cette folie passagère qui va s'estompant après Mardi-Gras. "C'est important de se défouler, ça permet d'oublier les soucis pendant quelques instants. C'est bon pour le moral." Pierre, Jacques et un groupe d'amis de Forbach sont des accros du carnaval. "Nous écumons la région. Il y a encore le choix entre Kappen, bals masqués, cavalcades... Mais ce n'est plus comme par le passé, les festivités sont plus limitées."

Pierre raconte: "Il y 20 ou même 10 ans, les gens adoraient sortir. A Carnaval, certains prenaient même congé pour enchaîner trois nuits de festivités et trouvaient encore moyen d'accompagner les enfants au bal du dimanche après-midi. On se reposait dans la journée, pour être en forme le soir. Ces temps sont révolus: plus question de faire des excès avant de prendre le volant! Reste la solution de désigner un volontaire sobre qui fera office de chauffeur, ou de rentrer en taxi."

Bals publics, bals privés

Les bals masqués tout publics se font de plus en plus rares. Les bals privés ont pris le relais. Les cavalcades attirent encore du monde, surtout en Moselle-Est, région proche de la Sarre. Les gens d'ici profitent d'ailleurs de cet atout géographique, pour faire la fête avec les Allemands. Quant aux Kappensitzungen, il y en a de moins en moins, le Platt étant surtout l'affaire des anciens. Néanmoins, deux d'entre elles tiennent le haut du pavé: celle des Rididis à Forbach et des Schlofkepp à Schoeneck. Concernant les enfants, ils sont gâtés: le célèbre Taïo-Taïo de Stiring leur réserve plusieurs superbes après-midi de fête.

Depuis 1976, les Rididis, groupe carnavalesque de 80 membres environ, défendent, eux, le francique. Leurs Kappensitzungen, quatre par saison, attirent des centaines de spectateurs au foyer du Creutzberg. "Ils aiment se plonger dans le Platt, apprécient les subtilités des saynètes et la folle ambiance des soirées. Des spectacles hauts en couleurs, placés sous le signe de la convivialité." Raymond Woll, vice-président des Rididis, met l'accent sur le travail des bénévoles, chevilles ouvrières des manifestations: "Certains bénévoles sont présents depuis des décennies."

Chacun son style

Les soirées Rididis, accompagnées de l'orchestre Les Baladins, sont prisées: "Le public, moyenne d'âge 40 à 50 ans, est composé de fidèles, venant de toute la Moselle-Est et de Sarre. Mais le nombre de spectateurs diminue: -20 % sur les dix dernières années. On ignore pour quelle raison, le tarif: 12 Eur pour un spectacle de cinq heures, est tout à fait raisonnable. Peut-être est-ce lié au fait que de moins en moins de gens parlent le Platt, mais notre spectacle mélange Platt et français! "

A Schoeneck, les soirées Schlofkepp sont une institution. De quoi enchanter les 70 membres du groupe, dont un bon nombre déborde d'imagination: une trentaine d'entre eux montent sur scène, interprètent des scènètes, tandis que les autres s'activent à la logistique. Chanteurs, danseurs, humoristes se relaient de 20h15 à 2h30! "Nous n'avons rien à voir avec le carnaval traditionnel germanique, affirme le président des Schlofkepp, Jean-Claude Berrard. Les Schlofkepp n'ont pas de Conseil des Onze, pas de Tanzgarde. Nous proposons du Café théâtre, les textes sont en patois, en français, un mélange des deux. Il s'agit de satyres, de critiques de la vie politique locale, régionale. Certains événements, même au niveau mondial, sont tournés en dérision. Quelques notables sont égratignés... C'est ça, carnaval!"

Depuis 1982, les cinq spectacles de la troupe affichent complet. Jean-Claude Berrard et sa troupe se réjouissent du succès qui ne fléchit pas: "On constate que le public rajeunit, moyenne d'âge 30-40 ans. Les gens viennent au spectacle, même s'ils ne comprennent pas le Platt. Ils sont impressionnés par les mimiques et trouvent toujours quelqu'un pour traduire les jeux de mots." Et puis, carnaval possède son langage universel, compris par tous les fêtards !

Paru le: 05.02.2005 (Forbach / Environs)
Républicain Lorrain
Texte: Républicain Lorrain: E.K.
Photo: Républicain Lorrain