A Schoeneck: la 'Kolossale' déferlante des Schlofkepps

Ce samedi soir les Schlofkepps avaient donné rendez-vous à tout le gratin du district. Pas moins de 5 maires étaient présents, sans compter les curés et les pasteurs... ainsi qu'une forte délégation de Kerbachois, d'Alstinger et de Spicherer. Le centre socioculturel rue du Puits très vite s'est transformé en immense pétaudière.

SCHOENECK.

Les Schlofkeps avec leur Zippelkapp sont de retour. Même si leur carnaval décoiffe un "max", ils n'ont pas peur d'en porter le chapeau. Chaque année avec plus d'ampleur une marée blanche de bonne humeur déferle sur l'Est mosellan. Qu'on s'en désole ou qu'on s'en réjouisse, au diable l'oreiller! "Si tu dors, t'es mort! 'Toqués' du bonnet de nuit de tous pays, unissez-vous!" Incandescentes, inventives, pleines de surprises, propices à tous les débordements, les nuits de Schoeneck sont plus belles que les jours. Le "bon" peuple s'y amuse, danse, boit et se gave d'anecdotes pimentées et de croustillants jeux de mots.

A Schoeneck le bon vieux carnaval d'autrefois a aussi su changer de visage. Im Schenecka Urwald on trouve bien sûr Mowgli, ses ours et ses singes, mais aussi des coccinelles "die hon mehr Punkte wie de 1.FC", et des "crocodiles italiens" avec une grande gueule et une longue ... Avec l'essor des progrès techniques, tout est devenu plus beau, plus riche, plus sophistiqué. Féeries, fantasmagories sont au goût du jour. Une extraordinaire chenille processionnaire de "grenouilles de bénitiers" envahit la scène et la lumière artificielle accentue la magie du ballet incendiaire et phosphorescent des Schlof-Girls. Le son s'extirpe de baffles. Les deux Jean-Marie et Christian Clavier de l'orchestre Clin d'Oeil s'en donnent à coeur joie.

Dorf-Homéopathie

Divine surprise ou péché médiatique, le Dr. Bernard, thérapeute en blouse blanche du village, donne le ton. La grève des médecins n'a pas eu raison d'un humour volontiers gaillard. Pétant la forme, il administre à tour de bras ses grigris antidéprimes : suppositoires talismans pour anniversaires, petites pilules bleues pour impotents. "Impotent, das isch e bische mea wie Owersteia". Mais attention aux effets secondaires! Le public connaît ses premières bouffées de chaleur, de véritables perles de sueur. Une heure plus tard, chez le Schlofdoc "Strack" - une sorte de Rocco Sifredi aux yeux coquins, dans lesquels se consument les envies les plus folles, les patients à nouveau se bousculent. L'amour et les situations embarrassantes semblent avoir sa prédilection. Il soigne la maligne Bradyphrenie (bösartige geistige Verlangsamung) et les cas de Mamma pendulans. Le centre médico-social de Schoeneck devient point de ralliement de rendez-vous coquins et le public navigue entre insolence et humour gras. Petit clystère dulcifiant par ci, saignée amiable par là, bref un mélange détonant qui plaît. "De rubel isch gross un verrickt sin die Leit". Le gentil Mister Hyde qui sommeille rugit de plaisir.

"Awa in Schenecke is noch long nit zappeduschda!". Philomen et August à 80 ans connaissent une vitalité extraordinaire. Au fait, à quel âge l'esprit commence-t-il à avoir besoin de maquillage ? "Alter schützt vor Torheit nicht !" In Nuddels-Kich les situations hilarantes s'enchaînent. Fini l'hégémonie des hommes. "Wenn ma ze brauch, tappe ze em nur in de Fies herum. Die kumme una s'messer, wenn ze sich nit bessere". Toute la famille est sur le pied-de-guerre et la belle-mère est nommée "Kriegsminister". Embarqué dans l'Occident-Express, qui ramène deux couples à Forbach, les spectateurs en descendent hilares. Le sang est monté à la tête du brave Karl Eduard à la vue de la "Schoenecker Grenze". Le voyage à Paris a été idyllique: séjour dans le Luxus-Hôtel "A la Bonne Passe", virée chez l'cousin Horst ("Cräzy Horst") et croisière sur un "Micke-Schiff" (bateau-mouche). La surenchère donne libre cours aux meilleures gauloiseries. "De Deiwel isch los !" Tous les "homo carnavalis folkloricus" de la salle se tiennent les côtes de rire et l'applaudimètre explose.

Des personnages extravagants

Les têtes s'agitent. La nuit, subversive, est là maintenant. Le public complice, réglé comme du papier à musique, n'attend plus que les Schlofkeps. Les retrouvailles avec les 7 chanteurs bilingues en Zippelkapp seront franches, viriles, sincères. Le message est clair. Il faut rire. A bas tous les pisse-vinaigre, qui jettent des pierres sur les enfants qui vont à l'école ou qui jouent aux quilles avec les buldings. "Die iwa schlaue wäre durch de Kakao gezoh" Charly et Pierrot qui nous ont flanqué "un sénateur de l'intérieur", qui ne parle même pas le Platt; René de "Seelequetscher" de Spicheren, que le "Mollah Leo" und "le Hen Laden" n'arrivent pas à évincer. Schoeneck, la ville de Popaul, là où "le venin de la bière coule dans les artères", c'est le Paradis sur terre (au moins à carnaval). "Mais aïe, aïe, aïe... die Weiwa".Depuis qu'elles sont 7 au conseil, c'est aussi le bazar ! ...

Il est 3 h du matin. Le public chante de bon coeur avec les Schlofkeps, ces personnages extravagants, mais ô combien attachants en chemise de nuit et avec Zippelkapp. Ils sont ovationnés. C'est Kolosalll...!

Paru le: 04.02.2002 (Forbach / Environs)
Républicain Lorrain